Avec sa nouvelle Sako 90 Quest Ultra, la marque finlandaise entend repousser encore les limites de la carabine à verrou haut de gamme. Canon inox enveloppé de carbone, crosse carbone réglable, finition Cerakote et ergonomie pensée pour les chasseurs exigeants : sur le papier, la fiche technique impressionne. Mais qu’en est-il réellement sur le terrain ? Julien Gingembre a pu tester cette arme aussi bien au stand qu’à la chasse. Il nous livre son analyse sans détour.
SC : Pour commencer, peux-tu nous présenter cette nouvelle Sako 90 Quest Ultra ?
JG : La Sako 90 représente l’évolution logique des anciennes Sako 75 puis 85. On reste sur une carabine à verrou typiquement finlandaise, robuste et conçue principalement en acier. Hormis la crosse, pratiquement tout est métallique, y compris le chargeur. La culasse est forgée d’un seul bloc et l’ensemble respire la solidité. L’une des principales évolutions concerne le montage optique. Sako abandonne progressivement son système Optilock pour intégrer directement des rails Picatinny usinés dans la masse. C’est plus moderne et plus universel.

SC : Quelles sont les principales innovations de cette Quest Ultra ?
JG : La détente est particulièrement bien pensée. On peut choisir parmi quatre poids de départ prédéfinis grâce à une simple clé Allen accessible depuis le pontet. Mieux encore, la queue de détente peut être avancée ou reculée selon la morphologie du tireur. Sur cette version Ultra, on retrouve également un canon inox enveloppé de fibre de carbone fabriqué directement par Sako. Peu de fabricants produisent eux-mêmes ce type de canon. La crosse Quest est également en carbone avec busque réglable et longueur ajustable. Elle rappelle un peu certaines crosses GRS dans son ergonomie. L’avant est plat, ce qui facilite l’installation d’un bipied tout en conservant la possibilité de monter une sangle.


SC : Que vaut la mécanique de cette nouvelle Sako 90 ?
JG : On retrouve une culasse à trois tenons avec un verrouillage à 60 degrés. La différence majeure avec la Sako 85 concerne l’alimentation. La 85 disposait d’une alimentation contrôlée, alors que la 90 adopte désormais un système push-feed comparable à celui d’une Remington 700. Personnellement, je trouve ce changement un peu surprenant car l’alimentation contrôlée faisait partie des arguments historiques de la marque. Mais dans les faits, ça fonctionne parfaitement. Le chargeur métallique double pile est excellent. En calibre .308 Winchester, on dispose de cinq cartouches dans le chargeur plus une chambrée. Malgré cette capacité, le chargeur reste parfaitement affleurant. J’apprécie aussi énormément le système de verrouillage du chargeur. Pour le retirer, il faut exercer une légère pression tout en actionnant le bouton de déverrouillage. Impossible donc de perdre son chargeur accidentellement.


SC : Tu connais bien la marque. Quel regard portes-tu sur la fiabilité des Sako ?
JG : Je vais avoir du mal à être totalement impartial parce que Sako est probablement ma marque de carabines préférée depuis très longtemps. J’ai tiré des milliers de cartouches avec des Sako. Je pense notamment à une Sako 75 stainless utilisée sur un territoire de chasse en Afrique du Sud. Son surnom était « Black Mamba ». Elle prélevait environ 2 000 animaux par an et devait totaliser plus de 25 000 coups en .300 Winchester. Malgré cela, elle fonctionne encore aujourd’hui. C’est typiquement le genre d’outil conçu pour durer.

SC : Que penses-tu de la finition de la crosse ?
JG : La crosse carbone reçoit un revêtement texturé qui offre un excellent grip. C’est très simple dans sa conception mais particulièrement efficace. Le toucher est agréable et permet une bonne préhension sans avoir besoin d’ajouter des inserts en caoutchouc ou des quadrillages agressifs. Concernant la durabilité, je manque encore de recul pour me prononcer définitivement, mais durant tout le test aucun signe d’usure n’est apparu.
SC : Quels calibres sont proposés sur cette Sako 90 Quest Ultra ?
JG : Comme souvent chez Sako, le choix est vaste. J’ai testé ici un modèle équipé d’un canon de 51 cm en .308 Winchester, mais la gamme couvre de nombreux calibres allant du .222 Remington jusqu’aux magnums. Les canons ne sont pas interchangeables, mais Sako conserve sa philosophie historique avec des boîtiers adaptés à chaque famille de calibres. On retrouve ainsi différentes longueurs d’action selon la cartouche utilisée. C’est un vrai plus pour optimiser l’équilibre général de l’arme.
SC : Comment s’est déroulée la prise en main au stand ?
JG : Franchement, remarquablement bien. Grâce aux nombreux réglages de la crosse Quest, j’ai immédiatement trouvé ma position idéale. J’ai également légèrement avancé la détente pour l’adapter à la longueur de mon index. Que ce soit en tir à bras franc ou en tir posé, tout tombait naturellement sous la main. Les groupements obtenus étaient excellents. J’ai essayé plusieurs munitions différentes : Hornady CX, Hornady Interlock, Blaser CDX, Sellier & Bellot SPCE, Norma tip strike silencer ou encore Cutting Edge. Toutes étaient parfaitement exploitables pour la chasse. J’ai toutefois observé une préférence marquée pour les Blaser CDX qui ont donné les meilleurs résultats.

SC : As-tu pu l’utiliser en situation réelle de chasse ?
JG : Oui, sur plusieurs espèces : renards, chevreuils et sangliers. Cette carabine m’a particulièrement réussi puisque j’ai pu prélever entre huit et dix animaux durant le test. Ce qui m’a frappé, c’est la facilité avec laquelle on se familiarise avec elle. On a l’impression de l’utiliser depuis des années dès les premières sorties. Tout est intuitif : la sécurité, la prise en main, le rechargement. On sent que l’arme a été conçue par des chasseurs pour des chasseurs.

SC : À quel type de chasseur destinerais-tu cette carabine ?
JG : À quelqu’un qui souhaite se faire plaisir avec un produit haut de gamme. Nous sommes sur une arme affichée à plus de 6 000 euros. Ce n’est évidemment pas destiné à tous les budgets. Mais on retrouve une finition Cerakote, un canon carbone, une crosse carbone réglable, une mécanique de premier ordre. Tout est au niveau. Pour les amateurs de carabines à verrou, c’est une arme exceptionnelle. D’ailleurs, sa fluidité est telle qu’en battue, beaucoup de personnes ne réaliseraient même pas que je recharge avec une carabine à verrou tellement les manipulations sont rapides.

SC : Le rapport qualité-prix te paraît-il justifié ?
JG : Oui. C’est une somme importante, mais lorsqu’on regarde le niveau de fabrication, la qualité des composants et les performances obtenues, le tarif reste cohérent. On se rapproche presque d’une arme semi-custom réalisée à partir de composants sélectionnés individuellement. Les boîtiers Sako jouissent d’une réputation mondiale. Les détentes également. Quant aux culasses, elles figurent parmi les références du marché. Quand on voit le nombre d’armes de tir longue distance construites à partir d’actions Sako ou Tikka, cela en dit long sur la qualité de fabrication.
SC : As-tu identifié des points perfectibles ?
JG : Très honnêtement, très peu. J’ai simplement remarqué quelques petites irrégularités visuelles sur l’enveloppe carbone du canon. Mais il s’agit probablement d’une conséquence du procédé de fabrication lui-même. Sur le plan fonctionnel, je n’ai rencontré aucun problème particulier durant le test. Cette Sako 90 Quest Ultra fait clairement partie des meilleures carabines à verrou que j’ai eu l’occasion d’utiliser ces dernières années.









